Des suicides policiers comme en 1996.

Depuis le début de l’année 2019, les suicides de Policiers seront de 70, comme en 1996. Cette année-là, je ne me souviens pas que l’on ait été vigilant sur le problème. Le malaise est donc plus profond qu’il n’y paraît !

Le terrorisme et les gilets jaunes peuvent en partie expliquer la situation actuelle, mais aussi les heures non payées, les conditions de travail toujours plus difficiles y compris au niveau des locaux où les efforts faits sont des gouttes d’eau dans l’océan.

Le cas de l’agression violente d’une présidente de cour d’Assises des Yvelines chez elle par deux faux livreurs,  démontre ce risque jusqu’ au domicile. Le retour en famille n’est plus un havre de paix et beaucoup de policiers choisissent de demeurer loin de leur service, malgré fatigues et frais. Cela a été manifeste après l’assassinat terroriste devant leurs enfants, d’un couple de policiers rentrant chez eux à Magnanville…

En outre, l’ambiance est moins bonne au travail, la solidarité moins forte qu’avant. Les raisons en semblent diverses et correspondre à un phénomène général.

Le DGPN Eric Morvan a tenté de recréer plus de pauses conviviales comme les barbecues. Nous les anciens savions le faire sans regarder nos montres. Mais il faut trouver des solutions plus nettes et rapidement que de proposer des activités conviviales.

On ne peut pas lire ses textos au lieu de parler à ses collègues et s’étonner d’être seul en cas de souci personnel.

La présence du commandement est moins forte par la baisse du nombre des commissaires passé de 2020 l’année 2004 à 1600 en 2012 ; et les officiers sont passés de 15 000  à 10 000 avec objectif de 9000  de 2004 à 2013, soit 6420 cadres en moins.

 Une compensation avec 8 000 gardiens en plus a été visée, ce qui au contraire implique d’augmenter le nombre des officiers pour les encadrer ! (Ce chiffre semble contenir les ADS sous contrat, je n’ai pas pu le vérifier.)

On entend toujours dire : » Nous ne sommes que des matricules… ». Ce ressenti est fort avec la pression délétère des primes, système du privé inadapté à la fonction publique dont l’intérêt général doit être la priorité.

 Les gardiens et brigadiers, à qui on demande une forte implication judiciaire parfois, se retrouvent avec des responsabilités importantes pour aucune reconnaissance. La plupart des gars refusent de devenir OPJ…Rien ne les encourage dans cette galère. En Gendarmerie, la promotion est liée à la qualité d’OPJ, mais pas en Police. Pourquoi ?

Bref, une nouvelle Police oubliant la prévention rejetée par N. Sarkozy, avec une RGPP pour économiser des fonctionnaires, ce qui se paye maintenant. La baisse générale des effectifs a saigné la Police pas encore revenue aux effectifs initiaux d’avant la fameuse RGPP !

Chaque année en juin, nos services organisaient un barbecue où les parquetiers étaient invités : c’était une bonne idée, rapprochant les deux corps chargés des poursuites. Bien se connaître, rire ensemble sur des blagues,  facilitent ensuite les relations de travail. Le compte rendu téléphonique au parquet devenait ;  » Bonjour, comment allez-vous depuis la dernière fois ?  » ensuite :  » Que voulez-vous que je fasse de votre gardé-à-vue ? « .

On laissait une chance au brave type, mais on demandait des poursuites pour les perturbateurs par vocation… Et le substitut nous suivait.

Les GLTD (groupe local de traitement de la délinquance) aidaient aussi à des luttes ciblées contre la délinquance, ce que le DDSP entérinait.

Police et Justice devenaient plus efficaces malgré certains juges du siège laxistes …

Jeune inspecteur, les anciens flics me disaient : » Tu n’as pas à t’occuper des suites données par la Justice. Toi, tu défères le délinquant, et c’est ton seul travail !… « 

Honnêtement, difficile de gober qu’un truand  sorte libre après une procédure fastidieuse à plusieurs collègues impliqués. 

Mais on entend dire :  » Personne ne doit  juger les juges…  »  Un peu trop facile je crois.

 

                                Dominique BAGUET

Les commentaires sont fermés.

23 requêtes. 0,160 secondes.